Un centimètre par mètre. C’est la pente que le DTU 60.11 recommande pour l’évacuation des appareils d’une maison, deux à trois fois moins que le chiffre qui circule sur les chantiers. Cette valeur minuscule résume la moitié du problème : une maison porte un réseau qu’on pousse et un réseau qui n’avance qu’à son propre poids, et le second se dérègle quand on lui donne trop de pente.
Les deux ne se dimensionnent pas de la même manière et ne se réparent pas avec les mêmes gestes. Savoir lequel on a devant soi, et où il commence, évite le gros des mauvaises surprises.
Ce que recouvre la plomberie d’une maison, et où elle s’arrête
Le DTU 60.11, qui fixe les règles de calcul des installations sanitaires, définit lui-même son périmètre : il traite l’installation « depuis la canalisation d’amenée d’eau après compteur jusqu’à l’évacuation à l’extérieur », et s’arrête à 0,50 m du nu du mur extérieur.
Trois domaines en sortent, et ça vaut la peine de le savoir avant d’appeler quelqu’un. Tout ce qui précède le compteur relève de l’adduction et appartient au service d’eau. Passé le demi-mètre après la façade, on entre dans l’assainissement, régi par d’autres textes et souvent confié à un autre artisan. Quant au chauffage, il circule dans des tubes qui ressemblent aux autres, mais c’est un circuit fermé, rempli une fois pour toutes, qui ne consomme rien.
Le compteur est aussi une frontière juridique. Tout ce qui se trouve en aval vous appartient, fuite comprise. Une consommation anormale due à une fuite sur une canalisation après compteur ouvre pourtant un droit : l’article L2224-12-4 du code général des collectivités territoriales plafonne la facture au double de la consommation moyenne, à condition de produire dans le mois une attestation de réparation établie par un plombier. L’Institut national de la consommation détaille la marche à suivre et les cas exclus, dont les fuites d’appareils ménagers.
Le réseau sous pression, du compteur aux points de puisage
Après le compteur, l’eau rencontre une suite d’organes dont chacun commande quelque chose de précis. La vanne d’arrêt général coupe tout, et c’est celle qu’on cherche à quatre pattes le jour d’une fuite. Un clapet anti-retour interdit à l’eau de la maison de repartir vers le réseau public. Un filtre retient les particules. Le réducteur, quand il y en a un, ramène la pression à une valeur de service.
Vient la séparation. Une branche reste froide et part vers les appareils, l’autre alimente le chauffe-eau, protégé par son groupe de sécurité, et redescend en eau chaude. Deux écoles à partir de là. Le repiquage en série pose un té à chaque appareil sur une conduite unique : peu de tube, mais couper un robinet oblige à fermer toute la ligne. La nourrice fait l’inverse, avec un départ par appareil depuis un collecteur unique. Elle coûte deux fois plus de mètres, et sur une rénovation où l’on va rouvrir les cloisons de toute façon, elle se justifie presque toujours : on isole la salle de bains sans priver la cuisine.
Sur la pression, deux chiffres se confondent. Le règlement sanitaire départemental type demande que la hauteur piézométrique au point le plus élevé ou le plus éloigné du logement reste d’au moins 3 m, soit environ 0,3 bar, à l’heure de pointe. C’est un plancher. Les 3 bars dont tout le monde parle sortent d’ailleurs : c’est la pression sous laquelle les caractéristiques acoustiques de la robinetterie sanitaire sont déterminées, selon la norme NF D 18-201. Au-delà, votre robinetterie fonctionne encore, seulement elle travaille hors du domaine où elle a été qualifiée. Le réseau devient bruyant et les coups de bélier se font entendre à chaque fermeture.
Le diamètre se lit à l’intérieur, et il dépend du nombre d’appareils
Le DTU raisonne en diamètre intérieur. Le commerce, lui, vend du diamètre extérieur : un multicouche annoncé en 16 laisse passer environ 12 mm, un cuivre 14/16 en laisse 14. Confondre les deux revient à sous-dimensionner sans s’en apercevoir, et le défaut ne se voit qu’au moment où deux appareils fonctionnent ensemble.
Le deuxième malentendu est plus coûteux. On ne choisit pas un diamètre appareil par appareil. Chaque appareil porte un coefficient, et c’est la somme des coefficients de tout ce qui se trouve en aval qui donne le diamètre minimal du tronçon, dès qu’ils sont deux. Le DTU tient ce mode de calcul jusqu’à une somme de 15 ; au-delà, on bascule sur la formule de Flamant, celle des immeubles. Une maison ordinaire reste très en dessous, ce qui explique qu’un tronçon principal correctement calculé paraisse souvent modeste.
La vitesse sert de garde-fou : environ 2 m/s pour les canalisations en sous-sol ou en vide sanitaire, 1,5 m/s pour une colonne montante. Au-dessus, l’eau siffle et érode les coudes.
Reste la matière. Le cuivre se travaille aujourd’hui sans flamme, par raccords à compression à olive ou par sertissage à la pince : dans une maison habitée, où personne n’a envie d’une lampe à souder près d’une cloison en bois, ça change tout. Le PER et le multicouche vont plus vite et se plient à la main, mais un raccord noyé dans une dalle devient introuvable. On ne les enterre jamais sans fourreau. Et dans le Val de Loire comme en Beauce, où l’eau est calcaire, le tartre réduit peu à peu le passage utile des vieux tubes de cuivre : une baisse de débit générale vient plus souvent de là que du réseau public.
L’évacuation ne marche qu’à la pente
Ici, plus de pression. L’eau descend, ou elle stagne.
La recommandation est de 1 cm par mètre, et les diamètres tabulés valent pour des pentes comprises entre 1 et 3 cm par mètre. La borne haute compte autant que la basse : au-delà de 3 cm par mètre, l’eau prend de la vitesse et file sans emporter ce qu’elle devrait, les matières restent sur le fond, et le bouchon se forme là où la pente était la plus forte. Une évacuation trop pentue se bouche pour la même raison qu’une évacuation trop plate.
Un collecteur ne se calcule d’ailleurs jamais plein. La hauteur d’eau normale admise pour les eaux usées est la moitié du diamètre, et sept dixièmes seulement lorsque le réseau reçoit aussi les eaux pluviales. Le vide au-dessus du fil d’eau sert au passage de l’air, sans lequel rien ne s’écoule proprement. Beaucoup de bricoleurs y voient une marge de sécurité et se croient tranquilles en surdimensionnant ; le résultat est un tuyau où l’eau court trop bas pour se nettoyer elle-même.
Une règle couvre presque tous les cas domestiques : le diamètre intérieur d’un branchement de vidange doit être au moins égal à celui du siphon qu’il reçoit. La seule dérogation courante concerne une baignoire raccordée seule par un collecteur de moins d’un mètre.
Les diamètres qu’on trouve en rayon suivent cette logique, et se lisent de haut en bas comme le réseau lui-même.
| Ce qu’on raccorde | Diamètre courant | Ce qui commande le choix |
|---|---|---|
| Lavabo, lave-mains, bidet | 32 mm | le siphon reçu |
| Évier, douche, baignoire | 40 mm | le siphon, et la longueur du branchement |
| Lave-linge, lave-vaisselle | 40 mm | le débit de la pompe de vidange |
| WC | 100 mm | le passage des matières |
| Chute d’eaux usées | 100 mm, constant du bas en haut | le nombre d’appareils desservis |
| Ventilation primaire | celui de la chute | le prolongement de la chute |
Le tracé, lui, se vérifie au niveau avant la pose. Un mètre de branchement demande un centimètre de dénivelé, et trois au maximum.
Les siphons et la ventilation, la moitié qu’on ne voit pas
Sous chaque appareil, un siphon retient une garde d’eau d’au moins 50 mm. C’est la seule barrière entre l’air de votre salle de bains et celui de l’égout, et elle tient à quelques centilitres.
Cette garde se perd de deux façons. Par évaporation, dans une pièce inutilisée pendant des semaines. Par aspiration, surtout : quand une colonne se remplit d’un coup, elle crée derrière elle une dépression qui vide les siphons des appareils voisins. Le glouglou entendu dans un lavabo pendant qu’une chasse s’écoule est exactement ce phénomène, pris sur le fait.
D’où la ventilation. Une chute d’eaux usées se prolonge en ventilation primaire, dans son propre diamètre, jusqu’à l’air libre et au-dessus des locaux habités. Deux détails passent souvent à la trappe : le diamètre d’une chute reste constant sur toute sa hauteur, on ne le réduit pas en montant, et les parcours horizontaux d’une ventilation gardent une pente pour renvoyer les condensats vers la chute. Le sujet mérite son propre chantier, et l’installation d’un évent de plomberie se traite à part.
Par où commencer quand on découvre son installation
Avant tout achat de matériel, quatre repérages suffisent à savoir ce qu’on a.
Trouvez la vanne d’arrêt général et manœuvrez-la. Une vanne à opercule qui n’a pas bougé depuis quinze ans grippe, et c’est le jour de la fuite qu’on l’apprend.
Faites un test de fuite au compteur : tout fermé le soir, relevez l’index, relisez-le au matin. Un chiffre qui a bougé désigne une fuite en aval, même sans trace visible.
Identifiez la matière et le mode de distribution. Un collecteur avec une rangée de départs signale une nourrice, donc un appareil isolable seul. Des tés répartis le long d’une conduite unique qui traverse le vide sanitaire, c’est un repiquage en série : chaque intervention coupera toute la ligne.
Suivez enfin la colonne de chute, du sol aux combles, jusqu’à sa sortie de toiture. Une colonne qui s’arrête sous le plancher du grenier explique à elle seule les odeurs et les écoulements lents de toute la maison.
Ce repérage prend une soirée et se garde vingt ans. Le jour où un flexible lâche sous un évier, la différence entre un dégât d’eau et une serpillière tient à quinze secondes : celles qu’il faut pour atteindre une vanne qu’on avait déjà touchée.