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Plomberie & Sanitaire

Raccorder un broyeur d'évier : la pente, la prise et l'autorisation

Le meuble est vide, le carton est ouvert, et la notice tient en huit dessins. Ce qu’aucun de ces dessins ne montre, c’est le tuyau qui part vers le mur. Raccorder un broyeur d’évier revient à descendre la sortie de plusieurs centimètres sous l’ancien siphon, et le piquage mural, lui, n’a pas bougé d’un millimètre. C’est là que la pose se coince, tournevis en main, meuble démonté.

Avant même de sortir le mètre, une question se règle en un appel : le réseau qui reçoit votre évier a-t-il le droit d’avaler ce que l’appareil va lui envoyer ?

Ce que le réseau d’assainissement a le droit de recevoir

L’article R. 1331-2 du code de la santé publique interdit d’introduire dans les systèmes de collecte des eaux usées « des déchets solides, y compris après broyage ». La phrase est courte, et elle vise exactement l’appareil qui attend dans son carton.

Le règlement sanitaire départemental type reprend cette interdiction dans son article 83, intitulé « Broyeurs d’ordures », au titre consacré à l’élimination des déchets. Il laisse une porte ouverte : une dérogation préfectorale, délivrée avec l’accord du service d’assainissement et soumise à trois conditions. L’installation doit être exclusivement ménagère. Les ouvrages situés en aval doivent pouvoir supporter l’évacuation et le traitement des déchets en cause. Le fonctionnement de l’appareil ne doit provoquer aucune nuisance sonore pour les habitants. Une note de l’ADEME détaille ce cadre et ce qu’il coûte aux stations d’épuration.

Le règlement sanitaire du Loiret suit le même découpage, et son titre IV porte l’élimination des déchets et les mesures de salubrité générale. Il se consulte auprès de l’agence régionale de santé Centre-Val de Loire, qui le met en ligne pour les six départements de la région.

Par-dessus, votre service d’assainissement écrit son propre règlement de service, et c’est celui-là qu’on vous opposera. Celui d’Orléans Métropole range parmi les rejets interdits « les déchets solides tels que les ordures ménagères, y compris après broyage ». Un coup de fil à la régie ou au syndicat d’assainissement vous dira en trois minutes où vous en êtes, et si une demande de dérogation a la moindre chance d’aboutir.

Sur fosse toutes eaux, la question change de nature sans disparaître. Personne ne vous interdit d’y envoyer des déchets broyés, mais la filière encaisse la charge. L’ADEME chiffre l’apport supplémentaire à près de 29 grammes de matières en suspension et 34 grammes de demande chimique en oxygène par habitant et par jour, soit 72 % et 38 % de plus que ce qu’un logement rejette d’ordinaire. Votre fosse n’a pas été dimensionnée pour ça : vidanges rapprochées, et lit filtrant qui se colmate. Le SPANC de votre secteur a son mot à dire avant l’achat, pas après.

Un dernier cas échappe à tout ceci : les appareils qui stockent les déchets broyés dans un réservoir vidé périodiquement, sans rien rejeter au réseau. Ils ne relèvent pas de l’interdiction, et ne se raccordent pas comme ceux dont il est question ici.

Ce qu’il faut réunir avant de vider le meuble

Un premier montage prend une demi-journée, dont une bonne moitié en démontage et en allers-retours. Comptez large : un raccord qui manque le dimanche matin vous laisse sans évier jusqu’au lundi.

La première chose se vérifie avant l’achat, et pas après : la bonde de votre évier doit mesurer 90 millimètres de diamètre, dimension courante sur les éviers inox et sur la plupart des cuves en résine. En dessous, aucun broyeur du commerce ne se montera.

La seconde tient au poids. L’appareil fait plusieurs kilos et se retrouve suspendu à la bonde ; une cuve en résine collée sous plan porte parfois une limite, écrite dans sa propre documentation.

Le reste tient en une liste courte.

Ce qu’il fautDétail
Hauteur libre sous la cuvela hauteur hors tout de l’appareil, lue sur sa fiche, plus 10 cm pour la sortie et le coude
Bonde d’évier90 mm, l’ensemble bride et joints étant fourni avec l’appareil
Évacuationtube lisse de 40 mm, 50 mm si un lave-vaisselle vient s’y greffer
Prise de courant16 A avec terre, dans le meuble voisin, hors de l’aplomb de la cuve
Outillagepince multiprise, tournevis plat, scie à métaux ou coupe-tube, mètre, niveau à bulle court
Consommablesjoints fournis, colliers de serrage, chiffons, un seau

Fermez enfin les robinets d’arrêt sous l’évier, puis coupez le disjoncteur du circuit de prises de la cuisine. Cette seconde coupure n’a rien de théorique : vous allez travailler les mains dans l’eau à trente centimètres d’une prise.

Ce qui disparaît sous l’évier, et ce qui le remplace

Trois pièces sortent du meuble : l’ancienne bonde, le siphon et le tronçon de tuyau qui rejoignait le mur. Le broyeur prend la place des deux premières. Il se visse sous une bonde neuve, fournie, et sa sortie latérale se trouve à l’endroit où passait le corps du siphon.

Cette substitution a une conséquence qu’on découvre en général trop tard : la garde d’eau. Le siphon retenait une hauteur d’eau d’au moins 50 millimètres, seule barrière entre l’air de votre cuisine et celui de l’égout. Certains broyeurs intègrent cette garde dans leur corps, d’autres non et réclament un siphon conservé en aval de leur sortie. La fiche de l’appareil le dit ; si elle ne le dit pas, partez du principe qu’il faut un siphon. Une évacuation sans garde d’eau se signale d’elle-même au bout de deux jours, et par le nez.

Le démontage de l’ancienne bonde, l’ordre des joints et le serrage de la bride relèvent de la notice de l’appareil, et la pose d’un broyeur sous l’évier en déroule les gestes un par un. Restent les trois choses qu’aucune notice ne traite : le tuyau qui part vers le mur, la prise qui alimente le moteur, le lave-vaisselle qui vient se greffer dessus.

La hauteur perdue sous la bonde, et le piquage mural qui ne suit plus

Votre piquage mural a été posé pour un siphon, c’est-à-dire pour une sortie située haut sous la cuve. Le broyeur descend cette sortie de la hauteur de son corps, soit plusieurs dizaines de centimètres. Si le piquage se retrouve au-dessus, le tuyau remonte, et l’eau ne remonte pas.

La mesure se prend au mètre, appareil posé à blanc sous la cuve, avant tout serrage définitif. Trois cotes suffisent : la hauteur du centre de la sortie du broyeur par rapport au sol, celle du centre du piquage mural, et la distance horizontale entre les deux.




Quand le dénivelé manque, trois issues, de la moins chère à la plus lourde. Descendre le piquage mural, ce qui suppose d’ouvrir la cloison et de reprendre le raccordement sur la chute. Choisir un modèle plus compact, car les hauteurs changent beaucoup d’une gamme à l’autre. Ou déporter l’évacuation vers un autre point bas, si la configuration du meuble le permet.

La pompe de relevage, souvent évoquée sur les forums, règle le problème en en créant un autre : un appareil de plus, bruyant, alimenté lui aussi, et qui tombe en panne le jour où l’évier est plein.

Raccorder un broyeur d’évier au piquage mural : pente, diamètre et coudes

Le tube part de la sortie du broyeur et rejoint le mur en descendant sans interruption. Le NF DTU 60.11 recommande 1 centimètre par mètre pour l’évacuation d’un appareil sanitaire, et tabule les diamètres pour des pentes comprises entre 1 et 3 centimètres par mètre. La borne haute compte autant que la basse, et cette logique vaut pour tout le réseau de la maison, comme le montre le fonctionnement d’une évacuation domestique : au-delà de 3 centimètres par mètre, l’eau prend de la vitesse et abandonne derrière elle ce qu’elle aurait dû emporter.

Avec un broyeur, ce détail cesse d’être théorique. Ce qui circule n’est plus de l’eau grise mais une bouillie chargée de particules, et tout ce qui la ralentit finit par se déposer.

Le diamètre suit la même règle que pour un évier ordinaire : 40 millimètres pour l’appareil seul, 50 millimètres dès qu’un lave-vaisselle vient s’y ajouter. On ne réduit jamais en cours de route, et on ne compense pas un diamètre juste par une pente plus forte.

Le flexible annelé, vendu en longueur extensible et bien pratique pour rattraper un désalignement, est à écarter sans hésiter : ses cannelures retiennent les particules broyées, rang par rang, jusqu’au bouchon. Il faut du tube lisse, PVC ou polypropylène.

Le coude à 90 degrés casse l’écoulement net. Deux coudes à 45 degrés montés dos à dos font le même angle et laissent passer le flux.

Le tracé se contrôle au niveau à bulle posé sur le tube avant collage ou serrage. Un tube qui plonge puis remonte de quelques millimètres crée une poche, et cette poche se remplit de dépôt en quelques semaines.

La prise, le différentiel et l’interrupteur

Le broyeur ne figure pas parmi les gros appareils pour lesquels la NF C 15-100 impose un circuit spécialisé. Il se branche sur une prise du circuit de la cuisine, pourvu qu’elle soit correctement placée et protégée.

Bien placée, la prise se trouve dans le meuble voisin ou en fond de meuble, jamais à l’aplomb de la cuve, jamais sous le siphon, hors des projections du robinet. La norme interdit aussi toute prise au-dessus de l’évier et au-dessus des plaques de cuisson, ce qui écarte d’emblée la solution tentante du bandeau de prises en crédence, juste derrière le mitigeur.

Côté protection, il faut un dispositif différentiel de 30 milliampères en tête du circuit, obligatoire sur tous les circuits de prises d’un logement. Si votre tableau n’en porte pas, le raccordement du broyeur passe après.

Reste la commande. Un interrupteur mural fait l’affaire, à condition qu’il soit visible et hors de portée d’une main mouillée. L’interrupteur pneumatique, monté sur beaucoup de modèles, résout la question autrement : un bouton-poussoir traverse le plan de travail ou un trou libre de l’évier, et un simple tube d’air relie ce bouton à un boîtier placé sous la cuve. Aucun conducteur électrique ne monte sur le plan de travail. Le perçage se fait au diamètre indiqué par le fabricant, en général celui d’un trou de mitigeur, et un plan de travail en pierre reconstituée ou en quartz demande une scie cloche diamantée et de l’eau.

Une règle sans exception, une fois l’appareil sous tension : on ne met jamais la main dans la chambre de broyage. Un couvert tombé se récupère à la pince, disjoncteur coupé, et le déblocage du rotor se fait avec la clé hexagonale livrée avec l’appareil, par-dessous.

Le lave-vaisselle sur la tubulure latérale du broyeur

La plupart des broyeurs portent, sur le flanc, une tubulure fermée d’usine par une pastille moulée. Elle attend le flexible de vidange du lave-vaisselle.

Cette pastille se perce depuis l’intérieur de la chambre, appareil hors tension, en frappant un tournevis plat au maillet. Le geste est simple, et il produit la panne la plus banale de tout le montage : le morceau détaché tombe au fond, personne ne pense à le sortir, et le premier cycle de broyage se transforme en concert de cliquetis. Retirez-le à la pince avant de continuer.

Le flexible se glisse ensuite sur la tubulure et se bloque au collier de serrage. Un détail décide de la suite : le tuyau doit remonter au plus haut sous le plan de travail avant de redescendre vers le broyeur. Cette boucle empêche l’eau sale de refluer dans la machine et coupe le siphonnage. Sans elle, le lave-vaisselle se vide en partie de lui-même entre deux cycles, et l’odeur suit. La même précaution vaut quand le lave-vaisselle se raccorde directement sur l’évier, sans broyeur au milieu.

L’essai d’étanchéité, et les fuites qu’il révèle

Un filet d’eau au robinet ne prouve rien. Les joints d’un broyeur ne se mettent en charge que sous un volume qui arrive d’un coup.

Bouchez la cuve, remplissez-la à ras bord, glissez une feuille d’essuie-tout sec sous chaque raccord, puis retirez le bouchon et laissez tout partir. Regardez couler, puis relevez les feuilles : le papier dit où ça fuit bien mieux que l’œil.

Trois points concentrent presque toutes les fuites. Sous la bonde, le joint de bride se déplace au serrage, ou le cordon de mastic n’a pas fait le tour complet : il faut redéposer l’appareil, nettoyer, recommencer. Au raccord de sortie, le joint conique se monte fréquemment à l’envers, pointe côté tube. Au piquage du lave-vaisselle, un collier serré à la main lâche au premier cycle chaud.

Lancez ensuite l’appareil à vide, eau froide ouverte. Un ronflement régulier qui monte puis se stabilise est le bon signe. Un vrombissement métallique intermittent trahit un corps étranger, et le plus souvent la pastille de la tubulure latérale. Une vibration qui fait chanter tout le meuble signale un contact entre le corps du broyeur et une paroi ou une conduite : l’appareil doit pendre librement.

Plus tard viennent deux symptômes qui se lisent autrement. Une odeur d’égout au bout de quelques jours désigne une garde d’eau absente, ou désamorcée par l’écoulement d’un autre appareil : le réseau manque alors de ventilation, et la pose d’un évent de plomberie règle la plupart de ces cas. De l’eau qui remonte dans le second bac pendant le broyage trahit une évacuation trop plate ou déjà encrassée, à reprendre au niveau plutôt qu’au déboucheur.

Le raccordement est bon quand la cuve pleine se vide sans glouglou, que les feuilles de papier ressortent sèches et que le moteur retrouve son régime de croisière en deux secondes.

Questions fréquentes sur le raccordement d’un broyeur d’évier

Un broyeur d’évier est-il autorisé en France ?

Non, sauf dérogation. L’article R. 1331-2 du code de la santé publique interdit d’introduire des déchets solides, y compris après broyage, dans les systèmes de collecte des eaux usées, et l’article 83 du règlement sanitaire départemental type reprend cette interdiction. Une dérogation préfectorale reste possible pour une installation exclusivement ménagère, après accord du service d’assainissement.

Faut-il garder un siphon quand on pose un broyeur ?

Une garde d’eau d’au moins 50 millimètres doit exister entre votre cuisine et le réseau, sans quoi les odeurs remontent. Certains modèles l’intègrent dans leur corps, d’autres imposent de conserver un siphon en aval de la sortie. La fiche technique de l’appareil tranche ; en son absence, gardez le siphon.

Quel diamètre d’évacuation pour un broyeur d’évier ?

40 millimètres pour l’appareil seul, 50 millimètres si un lave-vaisselle est raccordé sur la tubulure latérale. Le tube doit être lisse, jamais annelé, et il garde une pente de 1 à 3 centimètres par mètre jusqu’au piquage mural.

Peut-on poser un broyeur sur une fosse toutes eaux ?

Techniquement oui, mais la filière encaisse une charge organique nettement supérieure : les estimations de l’ADEME donnent une hausse de l’ordre de 70 % des matières en suspension par habitant. Vidanges plus fréquentes et colmatage du dispositif de traitement en sont les conséquences attendues. Le SPANC de votre secteur se consulte avant l’achat.

Le broyeur se branche-t-il sur une prise ordinaire ?

Oui, sur une prise 16 A avec terre, placée hors de l’aplomb de la cuve et à l’abri des projections, sur un circuit protégé par un différentiel de 30 milliampères. Aucun circuit spécialisé n’est exigé par la norme pour cet appareil.

Combien de temps prend le raccordement ?

Une demi-journée pour un premier montage, démontage de l’ancienne bonde compris. Le délai s’allonge dès qu’il faut descendre le piquage mural, opération qui suppose d’ouvrir la cloison et de reprendre le branchement sur la chute.