Quatre mètres carrés, une baignoire, un lavabo, et un seul pan de mur libre : celui qui longe la douche. C’est la salle de bains de beaucoup de maisons loirétaines, et c’est presque toujours le mur où la machine n’a pas le droit d’aller.
Installer un lave-linge dans une salle de bains ne se joue pas au mètre ruban. Ça se joue sur des zones de sécurité invisibles, tracées autour de la baignoire et de la douche par la norme électrique, qui interdisent la machine et sa prise là où la place existe pourtant. Une pose finie se reconnaît à quatre choses : la machine est hors de ces zones, elle a sa propre prise sur un circuit qui ne sert qu’à elle, son eau se coupe sans aller au compteur, et elle reste immobile à l’essorage.
Les volumes de sécurité décident de l’emplacement, pas la place libre
Toute pièce contenant une baignoire ou une douche est découpée en zones, et chacune autorise un matériel différent. La NF C 15-100 en définit trois, plus le reste de la pièce.
Le volume 0 est l’intérieur de la baignoire ou du receveur. Le volume 1 est l’espace situé au-dessus, jusqu’à 2,25 m au-dessus du sol fini. Le volume 2 prolonge le précédent de 60 cm à l’horizontale, à la même hauteur. Tout ce qui reste est « hors volume ».
Un lave-linge ne se pose dans aucun des trois, et le socle de prise qui l’alimente non plus : la norme cite les machines à laver le linge parmi ce qui ne peut pas être installé en volume 2. La règle ne porte donc pas sur un point d’eau, contrairement à ce qu’on lit souvent, mais sur des volumes géométriques. On peut approcher une machine d’un lavabo, jamais d’une baignoire.
Un mot traîne encore sur les forums et sur de vieux plans d’électricien : le volume 3. Il a été supprimé par un amendement à la norme. Il n’existe plus, et chercher à le respecter fait renoncer à des emplacements parfaitement valables.
La norme, en elle-même, n’est pas une loi. C’est l’arrêté qui réglemente les installations électriques des bâtiments d’habitation qui fixe les objectifs de sécurité, et une installation conforme à la NF C 15-100 est présumée les satisfaire. L’assureur et le diagnostiqueur, eux, raisonnent sur la norme.
Où commence le hors volume, mètre en main
Prenez un mètre et marquez la limite au sol au crayon gras : elle tombe souvent plus loin qu’on ne l’imaginait.
Avec une baignoire ou un receveur de douche, le volume 2 s’arrête à 60 cm du bord extérieur. La machine se pose au-delà de cette ligne, et le bord d’une baignoire d’angle se prend sur sa projection au sol, pas sur son point le plus étroit.
Avec une douche sans receveur, le calcul change du tout au tout. Le volume 1 d’une douche à l’italienne est un cylindre de 1,20 m de rayon autour de la grille d’écoulement, et le volume 2 lui ajoute 60 cm. Le hors volume ne commence donc qu’à 1,80 m du siphon de sol. Dans une pièce de deux mètres sur deux, il ne reste rien.
Voilà pourquoi tant de petites salles de bains refusent la machine alors que la place y est.
| Ce qui reçoit l’eau | Ce qui borne le volume 2 | Distance mini pour la machine |
|---|---|---|
| Baignoire | 60 cm du bord extérieur | 60 cm |
| Receveur de douche | 60 cm du bord du receveur | 60 cm |
| Douche sans receveur | 1,20 m puis 60 cm autour de la grille | 1,80 m de la grille |
| Paroi fixe jointive au sol | la paroi elle-même | de l’autre côté, contre la paroi |
Une paroi fixe arrête les volumes, à deux conditions : qu’elle soit jointive au sol et qu’elle monte au moins aussi haut que le volume concerné. Une porte battante, un panneau coulissant ou une vitre qui s’arrête à cinq centimètres du carrelage ne bornent rien du tout. Monter une cloison maçonnée ou une paroi vitrée fixe, toute hauteur, transforme un emplacement interdit en emplacement autorisé sans déplacer un tuyau. Dans les petites pièces, c’est le geste qui débloque le chantier.
La machine, elle, occupe une place qu’on a intérêt à connaître avant de percer. La profondeur standard tourne autour de 60 cm, les modèles étroits descendent vers 45, un appareil à ouverture sur le dessus réclame une quarantaine de centimètres de dégagement au-dessus du couvercle, un hublot réclame le débattement de sa porte devant lui. Ces arbitrages se règlent au moment du choix de l’appareil, et c’est un comparatif comme choisir-lave-linge.fr qui les traite, capacité par capacité. Le carrelage se perce après.
Le circuit électrique : une prise pour elle seule, protégée en 30 mA
Le lave-linge fait partie des appareils qui réclament un circuit spécialisé, c’est-à-dire un circuit qui part du tableau, arrive à une prise et ne dessert rien d’autre.
Ce circuit se fait en conducteurs de 2,5 mm², protégé par un disjoncteur de 20 A, et il aboutit à un socle de prise 16 A avec terre. En amont, la protection différentielle est de 30 mA, et de type A pour cet appareil précis : ce type reconnaît les courants de défaut à composante continue que produisent les électroniques de machine, et qu’un type AC laisse passer. Sur un tableau récent, une rangée au moins porte un différentiel de type A. C’est sur celle-là que le circuit se branche.
Le socle se pose hors volume, son axe à 5 cm du sol fini au minimum. Deux réflexes évitent un chantier pour rien : ne jamais alimenter la machine par une rallonge ou un bloc multiprise, et garder la prise accessible une fois l’appareil en place. Murée derrière une machine encastrée, elle oblige à tout ressortir le jour d’une panne ; décalée de vingt centimètres sur le côté, elle reste atteignable.
La liaison équipotentielle, le fil de cuivre qu’on ne voit pas
Dans une pièce d’eau, les éléments métalliques se relient entre eux et au conducteur de protection : canalisations d’eau froide, d’eau chaude et de chauffage, corps de baignoire métallique, huisseries métalliques, vidange en métal. C’est la liaison équipotentielle locale.
Si un défaut met une masse sous tension, elle met toutes les autres au même potentiel, et un corps qui en touche deux à la fois ne voit aucune différence entre elles. Sans elle, une vieille arrivée d’eau en acier et un lave-linge neuf peuvent se retrouver à des potentiels différents, et c’est la personne debout dans la douche qui fait le pont.
Le conducteur est un fil vert et jaune de 2,5 mm² lorsqu’il chemine sous conduit, de 4 mm² lorsqu’il court à nu. Il se serre sur les tuyaux avec des colliers prévus pour ça, pas avec du fil de fer ni un serre-câble.
Dans une maison ancienne, cette liaison manque souvent, et le raccordement d’une machine est le bon moment pour la poser : le tablier de baignoire est déjà déposé, le meuble de lavabo aussi. Pour contrôler l’existant, cherchez ce fil vert et jaune serti sur les canalisations métalliques derrière le tablier ou sous la vasque. S’il n’y a rien, il n’y a rien. La liaison ne remplace pas le différentiel ; et un réseau en multicouche ou en PER n’a pas de masse à relier, sauf sur ses tronçons métalliques intermédiaires.
L’arrivée d’eau : un robinet d’arrêt qui vous appartient
La machine se pique sur l’eau froide, presque toujours sur l’alimentation du lavabo, par un té qui reçoit un robinet d’arrêt dédié. Ce robinet est la pièce qui compte : il coupe la machine seule, sans priver la maison d’eau, et il se ferme en quelques secondes le jour où le flexible lâche. Le reste obéit aux mêmes règles que le réseau de plomberie de la maison.
Sa sortie est un filetage mâle de 20x27, le trois quarts de pouce des catalogues, celui que réclame le flexible livré avec tous les appareils. Côté robinet, ce flexible porte un joint filtre, une petite grille noyée dans le caoutchouc qui arrête le sable et les copeaux de cuivre : elle se remet dans le bon sens, grille vers l’amont, et elle se rince au bout de quelques mois dans une eau chargée comme celle de la nappe de Beauce.
Le serrage se fait à la main, puis un quart de tour à la clé plate, jamais à la pince multiprise. Sur un raccord à joint plat, on n’ajoute ni téflon, ni filasse, ni deuxième joint : l’étanchéité vient de l’écrasement du caoutchouc, et l’empilage de matière fait fuir le raccord au lieu de l’étancher.
Le flexible est une pièce d’usure. Le caoutchouc durcit, se fendille aux plis, et cède sous pression, souvent la nuit. Comptez le remplacer tous les cinq ans, ou montez un flexible à gaine anti-éclatement qui bloque le débit dès qu’il détecte une rupture. Et gardez l’habitude de fermer le robinet quand la maison reste vide plusieurs jours.
L’évacuation : la hauteur de crosse qui évite le siphonnage
Deux montages existent, et ils ne se valent pas dans une salle de bains. Le premier est le tuyau d’attente mural, dans lequel on glisse la crosse en plastique qui tient le bout du tuyau de vidange. Le second est le siphon de machine à laver, un siphon de lavabo muni d’un piquage latéral. Ce piquage se prend toujours en aval de la garde d’eau : en amont, la machine reçoit les odeurs de l’évacuation à chaque vidange.
La hauteur est le point que les notices répètent et que les poses improvisées ratent. Les constructeurs demandent que l’extrémité du tuyau se tienne entre 60 et 90 cm du sol, la zone confortable se situant entre 70 et 80 cm. Trop bas, la cuve se vide toute seule par gravité pendant le remplissage, la machine renvoie de l’eau propre à l’égout et le cycle n’en finit pas. Trop haut, la pompe force et s’use.
Restent deux détails, et ils comptent autant que la cote. La crosse ne s’enfonce pas de plus d’une dizaine de centimètres dans le tuyau d’attente, sinon son extrémité plonge dans l’eau et amorce le siphonnage. Et le passage ne se rend jamais étanche autour du tuyau : il faut une entrée d’air à cet endroit, faute de quoi la colonne aspire la cuve en se remplissant. C’est le principe qui gouverne tout le réseau, et la ventilation d’une évacuation mérite qu’on s’y attarde.
Côté diamètre, le 32 mm reste toléré sur une installation existante, le 40 mm est ce qu’on pose dans un réseau neuf. L’appareil voisin obéit d’ailleurs aux mêmes règles, et le branchement d’un lave-vaisselle sur l’évier se règle avec les mêmes gestes.
Le calage : les brides de transport d’abord, le niveau ensuite
Une machine neuve arrive avec son tambour bloqué par deux à quatre vis de bridage, à l’arrière, parfois masquées par des caches. Elles se retirent à la clé de 10, avec les entretoises en plastique qu’elles portent, et se rangent dans un tiroir : elles resserviront au prochain déménagement. Un appareil lancé sans les avoir ôtées casse ses amortisseurs et voile son châssis dès le premier essorage. Aucune garantie ne couvre ça.
Vient ensuite l’aplomb. Les pieds se règlent à la main, le niveau à bulle se pose sur le dessus de la machine dans les deux sens, en long puis en travers, et chaque pied se bloque par son contre-écrou une fois la bulle centrée. Sans ce contre-écrou, le réglage se défait en quelques cycles et la machine recommence à marcher.
Le sol compte autant que le réglage. Un carrelage scellé sur chape absorbe sans broncher ; un plancher bois d’étage amplifie, et la machine chemine vers le milieu de la pièce. Un tapis antivibration atténue le bruit mais ne corrige aucun défaut d’aplomb : il se pose après le niveau, pas à sa place. Le test tient en un geste. Poussez la machine en diagonale par deux angles opposés : elle ne doit basculer d’aucun côté.
Ce qui coince dans une salle de bains ancienne
La seule place libre tombe en volume 2
Trois issues, dans l’ordre de coût. Monter une paroi fixe jointive au sol qui borne le volume, ce qui prend une demi-journée. Encastrer la machine dans un placard dont l’ouverture donne hors volume. Ou la reporter dans un cellier, une cuisine, un dégagement.
Aucune prise disponible, et le tableau est à l’autre bout
Le circuit spécialisé se tire malgré tout depuis le tableau, en goulotte plinthe ou par les combles si les cloisons sont pleines. Le repiquage sur l’éclairage ou sur une prise de la chambre voisine est la solution qui se voit partout et que refusera tout diagnostic : elle met une machine de 2 000 W sur un fil de 1,5 mm².
L’évacuation du lavabo est trop basse
Dans les salles de bains d’origine, le siphon du lavabo se trouve parfois à 45 ou 50 cm du sol, sous la hauteur admise pour la vidange. On remonte alors le piquage sur une attente murale posée plus haut, ou on rallonge la colonne de rejet jusqu’à la bonne cote. Descendre la crosse au niveau du siphon existant fait siphonner la machine à chaque cycle.
Le sol n’est pas de niveau
Les pieds réglables offrent deux à trois centimètres de course, rarement plus. Au-delà, on cale sous la machine une plaque rigide et pleine, contreplaqué marine ou dalle béton, qui rattrape la pente et répartit la charge. Une cale sous un seul pied glisse au premier essorage.
La mise en service : le cycle à vide qui valide la pose
Ouvrez le robinet et laissez la machine à l’arrêt cinq minutes. Passez un doigt sec sous chaque raccord, côté robinet et côté appareil : une goutte se voit mieux qu’elle ne s’entend. Une feuille de papier journal glissée dessous pendant le premier cycle rend visible la fuite lente, celle qui ne forme jamais de flaque et pourrit le bas d’une cloison en un hiver.
Lancez ensuite un cycle court à 60 °C, cuve vide. Il rince les résidus de fabrication et sert de contrôle complet. Pendant la vidange, gardez un œil sur le lavabo : si l’eau y remonte ou si le siphon glougloute fort, le piquage ou la ventilation sont en cause. Pendant l’essorage, posez la main à plat sur le dessus, la vibration doit rester régulière, sans à-coup ni claquement. Tracez au crayon le contour des quatre pieds avant de lancer, et regardez après : un déplacement de plus de quelques millimètres signe un aplomb à refaire.
Terminez par le bouton « test » du différentiel qui protège le circuit. Il doit déclencher franchement. S’il ne déclenche pas, c’est lui qu’il faut changer, et tout ce qui précède ne protège plus personne.
Questions fréquentes
Peut-on mettre un lave-linge sous le lavabo d’une salle de bains ?
Oui, tant que l’emplacement se trouve hors des volumes 0, 1 et 2. Le lavabo n’engendre aucun volume au sens de la norme : ce sont la baignoire et la douche qui en créent. La contrainte devient alors dimensionnelle, la hauteur sous plan de toilette étant souvent inférieure aux 85 cm d’une machine standard.
Faut-il un différentiel réservé au lave-linge ?
Non, un différentiel protège plusieurs circuits. Ce qui est demandé, c’est que le lave-linge ait son propre circuit spécialisé en 2,5 mm², et que le différentiel qui le couvre soit de type A et de sensibilité 30 mA. Plusieurs circuits spécialisés peuvent partager ce même différentiel.
Peut-on brancher la machine sur une prise déjà présente dans la pièce ?
Seulement si cette prise est hors volume et si elle appartient à un circuit spécialisé. Une prise de salle de bains alimentée par le circuit des chambres ou de l’éclairage ne convient pas : la section du fil et le calibre de protection ne sont pas dimensionnés pour la machine.
La machine se vide toute seule pendant le cycle, que vérifier ?
C’est un siphonnage, et il vient presque toujours de la hauteur de vidange. Vérifiez que l’extrémité du tuyau se trouve entre 60 et 90 cm du sol, que la crosse ne plonge pas trop profondément dans l’attente murale, et que l’air peut entrer autour du tuyau. Un raccord rendu étanche à la mousse expansive produit exactement ce symptôme.
La liaison équipotentielle est-elle obligatoire dans une salle de bains existante ?
La norme vise les installations neuves et les rénovations totales, pas l’existant laissé en l’état. Dès qu’on ouvre un mur, qu’on tire un circuit ou qu’on refait la pièce, on entre dans son champ. Et c’est une des protections les moins chères à poser dans une pièce d’eau.