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Électricité & Éclairage

Que met-on dans un tableau électrique : rangées, protections et répartition des circuits

« J’ai trouvé un coffret deux rangées, vingt-six modules, en promotion. Est-ce que ça passe pour une maison de 110 m² ? » La question tombe toutes les semaines sur les forums de bricolage. Elle est posée à l’envers.

Le coffret s’achète en dernier. Ce qu’on met dans un tableau électrique se déduit du nombre de circuits du logement et de leur nature, jamais de la place restée libre dans une boîte déjà payée. Un tableau calculé trop juste se reconnaît à un signe : le jour où vous ajoutez une prise au garage, il faut tout redéposer.

Ce qu’on obtient au bout du compte tient sur une feuille : la liste des circuits, le total des modules qu’ils occupent, le plan des rangées avec la réserve laissée sur chacune. Cette feuille se vérifie ensuite module par module, devant le tableau posé.

Compter les circuits, poste par poste

Un circuit est un départ protégé par son propre disjoncteur. Le décompte se fait sur plan, avant le moindre achat, et chaque ligne de la liste deviendra un module dans le coffret. Une ligne oubliée, un module manquant.

Les circuits d’éclairage et de prises se multiplient selon la surface et le nombre de points desservis. Les circuits spécialisés n’alimentent qu’un appareil et rien d’autre, de la plaque de cuisson au congélateur. Restent les circuits d’asservissement : ventilation, volets roulants, chauffage, eau chaude sanitaire. Ceux-là sautent au premier comptage, parce qu’ils ne se voient depuis aucune pièce.

PosteCircuitsCe qui fixe le compte
Éclairage2 à 4huit points par circuit, répartis sous deux différentiels
Prises 16 A3 à 6huit socles en 1,5 mm², douze en 2,5 mm²
Prises de cuisine1six socles, circuit dédié, rien d’autre dessus
Plaque de cuisson1départ seul en 6 mm²
Four, lave-linge, lave-vaisselle3un circuit chacun
Chauffage1 par zoneconvecteurs, plancher, pompe à chaleur
Eau chaude sanitaire1plus son pilotage
VMC, volets roulants2deux départs séparés
Extérieur, garage, portail1 à 3selon ce qui est déjà tiré

Le nombre de points admis par circuit fait le reste du travail : huit socles de prise en 1,5 mm² de cuivre, douze en 2,5 mm². Une maison de 110 m² chauffée à l’électricité tombe couramment entre dix-huit et vingt-deux circuits.

Traduire la liste en modules

Le module est l’unité de largeur du tableau, 17,5 mm, et tout ce qui s’enclenche sur le rail se mesure avec. C’est cette somme, pas le nombre de circuits, qui donne la taille du coffret.

AppareilModules
Disjoncteur phase et neutre1
Interrupteur différentiel2
Contacteur jour/nuit1
Disjoncteur 2 A de commande1
Parafoudre2, plus son disjoncteur
Télérupteur1
Horloge programmable3 à 4

Vingt circuits ne font donc pas vingt modules. Ils font vingt disjoncteurs, plus les différentiels qui les protègent, plus ce qui pilote le ballon d’eau chaude, plus la réserve. On dépasse trente sans y penser.

Combien de différentiels, et de quel calibre

Deux au minimum, huit circuits au maximum sous chacun. La règle est exacte, et elle donne presque toujours un chiffre trop bas : elle fixe un plancher.

Deux autres contraintes le remontent. Le type d’abord, puisque la cuisson, le lave-linge et la borne de recharge exigent un différentiel de type A. Le calibre ensuite, qui se calcule côté aval : on additionne une fois les intensités nominales des protections de chauffage direct, d’eau chaude sanitaire et de recharge de véhicule, puis la moitié de celles de tous les autres circuits.

L’exemple de tableau publié par Promotelec pour un T3 chauffé par convecteurs donne la mesure : quinze circuits, quatre dispositifs différentiels, un de 40 A et trois de 63 A. La division par huit en annonçait deux.

Répartir par rangée, pas sur le total

Les listes de courses sautent cette étape. C’est pourtant elle qui fixe la taille du coffret.

Un interrupteur différentiel alimente les disjoncteurs placés à sa droite par un peigne horizontal, sur sa rangée et sur elle seule. Le groupe de circuits qu’il protège doit donc tenir entier sur une rangée. Une rangée de coffret domestique en porte treize le plus souvent, dix-huit sur certains modèles.

Le nombre de rangées ne s’obtient donc pas en divisant le total des modules par treize. On pose chaque groupe sur sa rangée, différentiel compris, et on compte les rangées occupées. Un différentiel de deux modules suivi de huit disjoncteurs prend dix places et en laisse trois. Le neuvième circuit du groupe n’ira pas se loger sur la rangée voisine, où il resterait pourtant de la place : il lui faut son propre différentiel.

La réserve se garde en bout de chaque rangée

La norme demande 20 % d’emplacements libres, six modules au minimum en logement collectif, et interdit de laisser une rangée entièrement vide.

Lu comme un total, ce pourcentage ne protège de rien. Quatre modules libres regroupés en fin de deuxième rangée ne serviront à rien le jour où c’est le différentiel de la première qui sature : le circuit à ajouter appartient à ce groupe-là, et le peigne ne traverse pas les étages. Deux ou trois places au bout de chaque rangée valent mieux que huit d’un seul côté.

Le contacteur heures creuses coûte deux modules

Le chauffe-eau piloté en heures creuses est le poste le plus souvent sous-compté, et l’erreur se découvre au montage, coffret ouvert.

Il réclame un contacteur jour/nuit, un module, et un disjoncteur de 2 A qui protège son circuit de commande, un module encore. Le signal vient des bornes C1 et C2 du compteur, un contact sec qui se ferme pendant les heures creuses ; il alimente la bobine A1-A2 du contacteur, laquelle ferme à son tour la puissance vers le ballon. Le disjoncteur du chauffe-eau, lui, compte à part : c’est un circuit comme un autre, en 20 A.

Trois modules pour un seul appareil, quand la liste de départ n’en portait qu’un. Sur un tableau calculé au plus juste, ces deux modules obligent à racheter un coffret.

Repérer chaque protection, puis vérifier

Le repérage se fait au montage, pas le dernier jour du chantier. Chaque disjoncteur porte une étiquette lisible et durable qui nomme la fonction et la pièce desservie : « prises chambre nord » plutôt que « prises ». Un schéma de l’installation reste dans le coffret ou à portée de main.

La vérification se fait seul, sans rien démonter, et elle tient en deux gestes. Comptez les emplacements libres rangée par rangée : chacune doit en garder, aucune ne doit être vide. Appuyez ensuite sur le bouton test de chaque différentiel, un par un, et relevez les circuits qui s’éteignent.

Cette seconde liste est la vraie étiquette du tableau : elle dit ce qui est câblé sous quoi. Elle s’écarte du plan tracé six mois plus tôt beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine.