Sur l’installation électrique d’une maison, deux affirmations circulent qui ne peuvent pas être vraies en même temps. La première : votre logement doit respecter la norme NF C 15-100. La seconde : cette norme ne concerne que le neuf, le bâti existant y échappe. Chaque camp a ses arguments. Aucun ne cite le texte qui tranche.
Il existe. C’est l’arrêté du 3 août 2016, en vigueur depuis le 1er septembre de la même année. Il ne rend obligatoire aucune norme. Il fixe six objectifs de sécurité, dont la protection contre les contacts directs et indirects, la protection contre les surintensités et la limitation du risque d’incendie, puis précise que respecter le Titre 10 de la NF C 15-100 vaut présomption de conformité. Suivre la norme est donc le seul chemin reconnu pour prouver qu’on satisfait à l’arrêté. Et cet arrêté vise les bâtiments d’habitation neufs, depuis la limite de propriété jusqu’aux socles de prise.
Reste la façon de lire une maison. Une installation ne se comprend pas appareil par appareil, mais par étages : le comptage, le tableau de répartition, les circuits terminaux. Chacun a son propriétaire et ses règles. C’est cet enchaînement qui commande les décisions de câblage, comme le réseau d’eau se lit depuis le compteur et non depuis le robinet.
Où s’arrête le réseau public, où commence votre installation
Le point de livraison marque la frontière. En amont, le branchement, le coffret et le compteur appartiennent au gestionnaire de réseau. Vous ne les ouvrez pas, vous ne les déplacez pas.
L’appareil général de commande et de protection, l’AGCP, est la pièce charnière. C’est ce que tout le monde appelle le disjoncteur de branchement. Il est posé par le distributeur, il porte le calibre de votre puissance souscrite, et c’est pourtant lui que vous manœuvrez pour couper la maison entière. Un compteur communicant ne le remplace pas : il mesure, il n’assure pas la coupure. La règle de coupure d’urgence veut d’ailleurs que tout local indépendant contenant des pièces principales ait son propre dispositif, atteignable de l’intérieur.
La puissance souscrite décide du reste. Jusqu’à 36 kVA, soit 90 A en monophasé et 60 A en triphasé, on reste dans le cas courant de la maison individuelle, entre 6 et 12 kVA le plus souvent. Au-delà, le raccordement change de catégorie et l’installateur doit joindre un dossier de calcul des protections.
Le tableau : le nombre de différentiels ne dépend plus de la surface
C’est ici que les pages recopiées se trompent. On lit encore partout un barème qui donne le nombre d’interrupteurs différentiels 30 mA en mètres carrés : deux jusqu’à 35 m², trois jusqu’à 100 m². Ce barème a été remplacé.
Depuis l’amendement 5 à la NF C 15-100, la protection se calcule sur la taille de l’installation et non sur celle du logement. Au moins deux dispositifs différentiels. Huit circuits au maximum sous chacun. Les circuits d’éclairage comme les circuits de prises répartis sous au moins deux d’entre eux. La limite à huit a une raison précise : les courants de fuite de chaque appareil s’additionnent, et un différentiel trop chargé finit par déclencher sans qu’aucun défaut réel n’existe.
Le type compte autant que le nombre. Cuisson, lave-linge et borne de recharge exigent un différentiel de type A ; les autres circuits admettent un type AC.
Le reste tient en trois lignes. Tout circuit est protégé contre les surintensités par un disjoncteur, le fusible n’étant plus admis sur une installation neuve. Le tableau garde 20 % de réserve, six modules minimum en logement collectif, ce qui permettra d’ajouter un circuit sans tout redéposer. Enfin le coffret vit dans un espace réservé, l’ETEL, de 600 mm de large sur 250 mm de profondeur, qui matérialise la gaine technique du logement. Le contenu du tableau se déduit du nombre de circuits, jamais du coffret déjà acheté.
Les circuits terminaux : la section commande le calibre
Le sens de lecture fait tout. On part de l’usage, on en tire la section de conducteur, et la section fixe le calibre du disjoncteur. Pris à l’envers, en choisissant un disjoncteur puis en tirant le fil qu’on a sous la main, on obtient un circuit qui chauffe avant de déclencher.
| Circuit | Section cuivre | Disjoncteur | Points maxi |
|---|---|---|---|
| Éclairage | 1,5 mm² | 16 A | 8 |
| Prises 16 A | 1,5 mm² | 16 A | 8 |
| Prises 16 A | 2,5 mm² | 20 A | 12 |
| Prises de cuisine | 2,5 mm² | 20 A | 6, circuit dédié |
| Plaque de cuisson | 6 mm² | 32 A | 1 |
| Four, lave-linge, lave-vaisselle | 2,5 mm² | 20 A | 1 par circuit |
| VMC, volets roulants | 1,5 mm² | 2 A | 1 circuit |
Le nombre de points par circuit suit une règle courte : huit socles de prise en 1,5 mm² de cuivre, douze en 2,5 mm². Le décompte se fait un pour un, une prise double comptant pour deux. L’ancienne façon de compter les socles multiples a disparu avec l’amendement 5.
Les circuits spécialisés, eux, ne partagent rien. La plaque de cuisson part seule en 6 mm² sous 32 A. Four, lave-vaisselle et lave-linge prennent chacun leur 2,5 mm² sous 20 A. La VMC et les volets roulants ont aussi leur départ, en 1,5 mm² sous une protection de 2 A.
Ce que la norme demande pièce par pièce
Le séjour reçoit un socle par tranche de 4 m², avec un minimum de cinq jusqu’à 28 m². Au-delà, le nombre se fixe en accord avec le maître d’ouvrage sans descendre sous sept. La cuisine porte six socles non spécialisés sur un circuit dédié en 2,5 mm², et aucun autre socle ne vient s’y greffer. Une chambre en demande trois.
Côté communication, le minimum dépend du type de logement : deux prises RJ45 en T1, trois en T2, quatre à partir du T3, dont deux juxtaposées au séjour dans tous les cas.
La salle de bains a ses volumes, et ils ont changé. Le volume 3 a disparu, par alignement sur la norme européenne : après le volume 2, plus aucune limitation. L’espace sous la baignoire ou le receveur est devenu le « volume caché », dont tout appareillage est exclu, et les douches à l’italienne ont reçu leur propre volume 0. La liaison équipotentielle supplémentaire, elle, reste obligatoire.
Un détail se paie cher en fin de chantier : les fixations à griffe sont désormais interdites pour tous les appareillages.
Neuf, rénovation totale, rénovation partielle, mise en sécurité
| Case cochée | Ce qu’elle recouvre |
|---|---|
| Installation neuve | Création d’une installation qui n’existait pas |
| Rénovation totale | Dépose complète de l’ancienne, remplacement par une neuve |
| Rénovation partielle | Circuits neufs, avec leur protection et leurs canalisations |
| Mise en sécurité | Installation conservée, aucun circuit neuf |
Ces quatre libellés sont les quatre cases du formulaire d’attestation de conformité, et le formulaire devient irrecevable si vous en cochez deux. Pour un logement, c’est l’attestation jaune : maison, appartement, dépendance privée, meublé, mais aussi piscine et éclairage extérieur à usage privé.
L’attestation, visée par le Consuel, est exigée à la première mise sous tension au titre de l’article D342-19 du code de l’énergie. Tant qu’elle n’est pas visée, le distributeur n’alimente pas. La NF C 15-100 devient donc opposable à un moment précis, celui de la mise sous tension, et jamais au titre d’une inspection périodique. C’est aussi pourquoi une rénovation menée circuit par circuit, sans dépose complète, ne bascule pas dans le régime du neuf.
Par où commencer sur une installation déjà en place
Une installation existante relève de la NF C 16-600, la norme du diagnostic. C’est elle qu’applique le diagnostiqueur quand vous vendez un logement dont l’installation a plus de quinze ans, et son rapport vaut trois ans.
Lisez ce rapport comme un ordre de travail. Les anomalies se traitent dans l’ordre des étages : un AGCP absent ou hors d’atteinte passe avant tout, un différentiel 30 mA manquant vient ensuite, les protections de circuit et la liaison équipotentielle de la salle de bains ferment la marche. Ce sont les points de la mise en sécurité, celle qui se coche au formulaire sans créer un seul circuit neuf.
Sur une maison loirétaine ancienne, la question n’est presque jamais « faut-il tout refaire ». Elle tient en trois : le comptage est-il sain, le tableau protège-t-il, les circuits sont-ils dimensionnés. Un devis qui s’ouvre sur les prises et les interrupteurs répond à la troisième sans avoir posé les deux premières, et c’est le meilleur signe qu’il faut en demander un autre. Cet ordre ne se négocie pas davantage que celui de la rénovation énergétique.