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Le blog habitat du Loiret
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Isolation & Chauffage

Rénovation énergétique d'une maison ancienne : dans quel ordre

Douze à vingt-quatre mois. C’est ce qu’un mur de pierre de cinquante centimètres met à sécher après un traitement des remontées capillaires. Tant qu’il reste chargé d’eau, poser un isolant contre lui revient à enfermer l’humidité dans la maçonnerie.

Ce délai suffit à expliquer pourquoi la rénovation énergétique d’une maison ancienne ne se décide pas poste par poste, au fil du budget. Les travaux s’enchaînent dans un ordre que le bâtiment impose : l’eau, l’enveloppe, l’air, la chaleur. Intervertir deux maillons oblige à refaire le premier.

Ce que la rénovation énergétique recouvre, et ce qu’elle laisse de côté

Elle rassemble les travaux qui font baisser la consommation du logement : isolation des parois, remplacement des menuiseries, ventilation, production de chaleur et d’eau chaude, régulation. France Rénov’ en retient quatre familles, et c’est sur ce découpage que les aides sont bâties.

Ce qu’elle ne recouvre pas : la reprise de structure, la couverture, l’électricité, les cloisons, les finitions. Ces postes relèvent du calendrier du gros œuvre et ils passent avant, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’énergie. Une charpente qui travaille ou une toiture qui prend l’eau se traitent d’abord.

Le mot « ancienne » n’est pas décoratif non plus. Dans le vocabulaire du bâtiment, le bâti ancien désigne ce qui a été construit avant 1948 : murs épais en pierre, en terre ou en brique pleine, mortiers à la chaux, aucune coupure de capillarité, aucun pare-vapeur nulle part. Une maison de 1963 en parpaing et une longère de 1870 en moellons calcaire ne se rénovent pas pareil. La seconde pardonne beaucoup moins.

L’eau passe avant tout, et elle impose un délai

Un matériau mouillé conduit la chaleur. Un mur saturé perd une bonne part de sa résistance thermique, et l’isolant qu’on applique dessus perd la sienne au même rythme. Assécher avant d’isoler, c’est donc ce qui rend les mètres carrés d’isolant utiles.

Trois causes se rencontrent, et elles ne se réparent pas de la même façon. Les remontées capillaires se reconnaissent à une auréole horizontale régulière en pied de mur, souvent jusqu’à 1,20 m, avec du salpêtre et un enduit qui se décolle. Les infiltrations latérales viennent d’une descente pluviale percée, d’un terrain qui monte au-dessus du niveau du plancher, d’un rejaillissement en pied de façade. La condensation, elle, ne vient pas du mur mais de l’air intérieur, et elle se traite au chapitre ventilation.

La synthèse d’Enertech commandée par Climaxion en 2017 sur la migration d’humidité dans les parois du bâti ancien place le traitement des remontées avant toute intervention sur la paroi, et rappelle qu’un frein-vapeur posé de façon discontinue ne règle rien : il déplace le problème là où il n’est pas surveillé.

Vient ensuite l’attente, et c’est elle qui structure le calendrier. Après injection d’une résine hydrophobe, un mur de 20 cm sèche en six à douze mois, un mur de 40 cm en douze à dix-huit, une maçonnerie de pierre de 50 cm ou plus demande jusqu’à deux ans. Le contrôle se fait à l’hygromètre de contact, pas à l’œil. Ce sont douze à vingt-quatre mois pendant lesquels la maison reste en l’état, et il vaut mieux les avoir prévus au départ que les découvrir après avoir commandé l’isolant. Sur un mur ancien, la suite passe de toute façon par une isolation ventilée qui laisse la paroi sécher.

L’enveloppe se traite du haut vers le bas

Sur une maison non isolée, les ordres de grandeur des déperditions retenus par l’ADEME donnent la hiérarchie : la toiture emporte 25 à 30 %, les murs 20 à 25 %, le renouvellement d’air 20 à 25 %, les menuiseries 10 à 15 %, les planchers bas 7 à 10 %, les ponts thermiques le reste.

La toiture arrive donc en premier, et pour une seconde raison : c’est le poste le moins cher au point de performance gagné. Des combles perdus s’isolent par soufflage en une journée, sans toucher aux volumes habitables. Les murs viennent ensuite, puis les planchers bas.

Les menuiseries ferment la marche, et l’ordre a ici une conséquence directe. Remplacer les fenêtres d’une maison dont les murs restent froids et la ventilation absente supprime les entrées d’air parasites qui asséchaient les pièces sans qu’on le sache. La vapeur d’eau reste alors à l’intérieur et condense sur la surface la plus froide qui subsiste, c’est-à-dire les murs. La maison, plus étanche, devient plus humide. C’est le désordre le plus courant après un remplacement de fenêtres isolé, et il n’apparaît qu’au premier hiver. Le reste du calendrier des ouvrants tient dans la page consacrée à l’ordre de reprise des menuiseries.

Chaque paroi se prescrit en résistance thermique R, et les fiches d’aide en fixent le minimum. La conversion en centimètres dépend ensuite du lambda de l’isolant retenu, ce que détaille la page sur l’épaisseur d’isolation des combles.

ParoiR minimal exigé (m².K/W)Rang dans le chantier
Combles perdus71
Rampants de toiture61
Murs, par l’intérieur ou l’extérieur3,72
Plancher bas33

La ventilation se décide avec l’isolation, jamais après

Une maison ancienne se ventilait par ses défauts : joints ouverts, cheminée tirante, menuiseries qui jouaient. L’isolation supprime ces fuites une à une, et il faut remettre en place volontairement ce qu’on vient de retirer par accident.

Le cadre est fixé depuis longtemps. L’arrêté du 24 mars 1982 relatif à l’aération des logements impose une aération générale et permanente, avec balayage de l’air des pièces sèches vers les pièces de service. Il chiffre les débits extraits : de 75 à 135 m³/h en cuisine selon le nombre de pièces principales, 15 à 30 m³/h en salle de bains, autant aux cabinets d’aisances.

Le choix du système se joue au moment où l’on décide de l’isolation, pas une fois les travaux finis. Une VMC double flux demande des gaines et des réservations, donc de la place dans les combles ou dans les faux plafonds : ces volumes se réservent avant que l’isolant ne les occupe. Une simple flux hygroréglable se pose plus tard, au prix d’un rendement moindre. Sur une paroi ancienne perspirante, la ventilation mécanique est aussi ce qui évacue la vapeur avant qu’elle n’atteigne le mur, et sans elle l’isolation par l’intérieur devient risquée.

Le chauffage en dernier, parce que c’est un problème de dimensionnement

Un générateur se dimensionne sur la déperdition de la maison. Le calculer avant les travaux d’enveloppe revient à le calculer sur une maison qui va disparaître.

Une pompe à chaleur surdimensionnée atteint sa consigne trop vite, s’arrête, redémarre, et enchaîne les cycles courts. Le rendement saisonnier chute, le compresseur s’use, l’appareil consomme plus qu’un modèle calibré au bon besoin. Une chaudière trop puissante fait la même chose, en moins visible. Dans les deux cas la facture d’achat est plus élevée pour un service inférieur.

L’ordre a une seconde vertu, du côté des émetteurs. Une maison isolée se chauffe à basse température, ce qui permet souvent de garder les radiateurs en place en abaissant le régime d’eau à 45 ou 50 °C au lieu de 70. Cette question de régime commande aussi le tracé du réseau, comme le montre le passage d’une distribution monotube à une distribution bitube. Décidé avant l’isolation, le même chantier se règle par un remplacement complet des émetteurs, qui n’aurait pas été nécessaire.

Ce qui déplace l’ordre selon la maison

Trois situations font bouger l’enchaînement, et la première est la plus fréquente dans le Loiret.

Sur du bâti d’avant 1948, en pierre, en brique pleine ou en terre, le mur régule l’humidité en la laissant transiter. Les isolants imperméables à la vapeur, polystyrène et polyuréthane en tête, y sont écartés : ils bloquent ce transfert et concentrent l’eau à l’interface. La synthèse d’Enertech recommande, selon la nature du mur, un isolant capillaire associé à un frein-vapeur hygro-variable. Ce choix change aussi l’ordre, puisqu’il rend le traitement de l’humidité et la protection de la façade contre la pluie battante préalables à toute pose.

Sur une construction de 1948 à 1974, en parpaing ou en béton, la contrainte de perspirance disparaît. L’isolation par l’extérieur redevient possible, et elle traite les ponts thermiques que l’isolation intérieure laisse passer.

Reste le cas des secteurs protégés. Dans les bourgs du Loiret où la façade sur rue doit être conservée, l’isolation par l’extérieur n’est pas autorisée et l’avis de l’architecte des Bâtiments de France s’impose. L’ordre ne change pas, mais l’éventail des solutions se réduit à l’intérieur, avec la perte de surface habitable que cela suppose.

Ce que les aides font au calendrier

Le financement pèse sur l’ordre autant que la physique, et il pousse dans le sens inverse de l’habitude.

Le parcours accompagné de MaPrimeRénov’ s’ouvre sur un audit énergétique et sur l’intervention obligatoire d’un Mon Accompagnateur Rénov’. Il exige un gain d’au moins deux classes au diagnostic de performance énergétique, sans classe G résiduelle après travaux, sur un logement achevé depuis quinze ans au moins et occupé en résidence principale. Autrement dit, il finance un bouquet, pas un geste.

C’est là que le calendrier se tend. Étaler les travaux sur six ans, un poste par an, fait sortir du parcours accompagné et ramène aux aides par geste, moins bien dotées. Les regrouper suppose d’avoir le financement d’un coup, et de le mobiliser après le séchage des murs. Cet arbitrage occupe la première année, bien avant le premier devis d’isolant.

Par où commencer

Par un audit énergétique, pas par un DPE. Le diagnostic photographie l’état du logement et rend une lettre ; l’audit propose des scénarios de travaux chiffrés, avec le gain attendu pour chacun. C’est le second qui donne un calendrier, et il est de toute façon exigé à l’entrée du parcours accompagné.

Ensuite, un relevé d’humidité, à l’hygromètre, sur les murs enterrés et les pieds de façade. Une valeur élevée déplace tout le reste d’un an ou deux, et mieux vaut le savoir en janvier qu’en septembre.

Le reste se déroule alors sans surprise : eau, toiture, murs, planchers, ventilation, menuiseries, chauffage. Un propriétaire qui tient cet ordre paie chaque poste une fois.